
LE CÔNISME
Enjeux philosophiques et éthiques du Cônisme
Même si le Cônisme se définit avant tout comme une religion (ces adeptes sont littéralement « reliés » par les lois du Cône) et non comme une école philosophique, il y a tout de même des dimensions côneceptuelles et morales au Cônisme.
Le Cônisme est un humanisme
Si l’on peut se permettre de paraphraser un célèbre philosophe existentialiste, on peut dire en effet que le Cônisme est un humanisme, si ce n’est que parce que l’homme, comme la femme, se trouve placé au milieu des cônes sans qu’il puisse côneprendre le sens de son existence dénuée de tout sens de la direction. L’existence montréalaise passée à suivre d’éternels détours ne prend un sens que dans l’état d’attente de celui ou celle qui ne sait pas où son chemin le mènera. Par là même, il se sent solidaire des autres humains coincés dans les chantiers, et ce, même s’il lui arrive de vouloir assassiner certains de ses semblables. En partageant le destin apparemment absurde des autres automobilistes, cyclistes et piétons (destin qui rappelle le « mythe de Sisyphe » qu’a si bien décrit Albert Cônus),les adeptes du Cônisme n’ont d’autre choix que de devenir solidaires des autres humains pris comme eux dans le labyrinthe infini et apparemment dénué de sens de l’existence dans la cônemmunauté urbaine de Montréal-les-Cônes.
Sagesse du Cônisme
La sagesse du Cônisme réside d’abord et avant tout dans l’acceptation du cours imprévisible de la vie qu’il suscite chez ses adeptes. L’adepte du Cônisme en vient à cônesentir au fait incônetournable que son trajet ne se déroulera pas comme prévu du point A au point B selon une ligne droite. Il se méfie donc des itinéraires tracés d’avance, de la « planification de carrière » et des « projets de vie ». Il sait que des obstacles, des voies barrées, des détours vont lui compliquer la vie et il s’engage sur ces voies de détournement et de cônetournement en pleine cônescience et même avec joie. Il finit par comprendre que la Voie réside simplement dans la voie qui se présente à lui, aussi indirecte et lente, aussi frustrante et non conforme à son idéal, soit-elle. Il en vient à même à aimer, voire à rechercher les barrages imprévus, les détours qui l’obligent à rebrousser chemin ou à tourner en rond avec ses semblables. Voilà l’essence de la Cônenaissance cônique!
Dans certaines circônestances, quand le barrage et les travaux sont plus sérieux, le côniste accepte même d’être cônefiné à ce que le Cônisme appelle la « circulation locale seulement ». Il se cônecentre alors sur lui-même et son entourage pour se réfugier et reprendre des forces dans son domicile et sur sa rue temporairement rendue inaccessible aux simples passants, aux inconnus, aux « non-locaux ». Cette période de cônefinement à la circulation locale amène le côniste à se cônesacrer à ses proches, aux êtres les plus importants dans sa vie et à son foyer , ce qui lui permet de se recônestruire, tout en lui donnant l’espoir de pouvoir, un jour (plus ou moins lointain selon les cas), reprendre sa route nouvellement pavée de bonnes intentions et de nouvel asphalte.

Le Cônisme invite aussi à l’humilité et à l’abandon de cette illusion, si répandue aujourd’hui, qui laisse entendre que chaque être humain est l’« auteur » de son destin, en contrôle de sa vie... et de son véhicule. Cette idée idiote, issue de l’individualisme occidental extrême, selon laquelle tout dépendrait de nous, qu’il suffirait de « vouloir pour pouvoir » a été réduite en miettes par le Cônisme montréalais qui nous a fait côneprendre que nombre des situations de la vie ne dépendent en fait pas de nous du tout!
Quand la rue n’existe plus, quand elle n’est qu’un trou béant, quand le pont a été démoli, on a beau posséder un de ces énormes VUS qu’affectionnent les gens fortunés d’aujourd’hui, on ne réussira pas plus à passer que les infortunés qui possèdent une Hyundai Accent 1998. Le « gouvernement » de soi ne dépend pas que de soi, mais aussi du gouvernement des autres et de l’ensemble de la société. Ainsi, nous sommes tous dépendants de notre environnement (social, politique, municipal, routier) et, surtout, des uns et des autres. Nous sommes tous et toutes condamnés à suivre la ou les voies de contournement que nous propose la côneduite de notre vie et les chantiers de cônestruction. En ce sens, le Cônisme est très égalitaire et démocratique. Il n’y a pas de hiérarchie dans le Cônisme. Tous les cônetribuables cônetribuent (généreusement) à leur destin et au destin des autres. Tous les cônecitoyens sont soumis aux mêmes détours, aux mêmes barrages, au même destin routier (tragique). D’ailleurs, pour le Cônisme, la mort n’est que l’ultime « rue barrée », la fin du parcours, l’aboutissement ultime de tous les parcours. Elle pourrait même, prétendent certains Petits cônards et Petites cônasses, être la voie de passage vers l’Éternel Détour, le paradis des cônards et des cônasses qu’on soupçonne d’exister dans l’au-delà de la cônestruction éternelle.
Ralentir, travaux!
Le Cônisme nous force aussi à nous rappeler que rien ne sert de courir et que même de partir à point ne donne absolument rien : tout le monde s’en va dans la même direction au bout de la route, tous les chemins mènent aux cônes, et ce, au rythme dicté par les barrages et détours. C’est pourquoi le Cônisme incite à résister à l’accélération constante de la vie en restant attentif aux chantiers, aux barrages et aux détours inattendus qui se présentent à nous. Le Cônisme fait l’éloge de la lenteur et se rapproche de l’art baudelairien du flâneur en ce que le parfait côniste accepte d’aller au gré du hasard que lui propose la signalisation routière de sa vie. Il voit les ralentissements que lui impose la vie montréalaise comme une bénédiction : « Ah! Joie, un autre détour! », s’exclame le côniste illuminé quand il aperçoit une multitude de panneaux et de cônes orange à l’horizon.
Il devient alors cônetemplatif.


Enfin, le Cônisme est source d’espoir. La seule présence de cônes et des symboles du Cônisme dans une rue annoncent une recônestruction, un renouveau, une renaissance! Une fois passés les travaux infinis sur les ponts et chaussées, les trottoirs et les pistes cyclables, la voie s’ouvrira à nouveau (un jour!), s’ouvrira au nouveau.
La route est belle quand l’aube orange se lève!

L’intérieur d’un grand cône nous fait voir le cheminement orange vers la sagesse du pavé (uni).
Bref, la voie du Cônisme est sinueuse et pleine d’inattendus comme la vie! Le Cônisme est une religion de la vie, le Cônisme est la vie. Il est la Lumière orange, l’amour des détours, la joie de la voie non droite qui mène à l’Éternel Détour.